mardi 20 novembre 2007

Un mardi soir sur la Terre- pourquoi ?

L'envie de se poser un peu chez soi et l'envie aussi de dire que non, je ne suis pas indifférente à ce qui se passe là-bas, là où j'étais il y a quelques mois, là où il y a encore Kiranne, les amis que je me suis fait et tous ces sourires que j'ai croisé.

Voyons, quelle est la situation ? Je suis dans mon petit nid douillet avec vue sur les tours de Tolbiac, la musique qui va bien, l'autre ordi qui tourne pour analyser toutes ces photos prises aux quatres coins du monde ces dernières années, et là-bas, c'est la misère. Là-bas, on ne nous en parle quasiment pas. Chaque jour, le Monde écrit un petit article pour nous dire que le nombre de morts augmente et que les pays "civilisés" débloquent des fonds de plus en plus importants.
Sans doute, les dons affluent. Je ne sais pas. Je m'en fiche. Donner ? Oui, bien sûr, j'y pense. Mais pour avoir été là-bas, c'est toujours un peu la même question. Qui va faire quoi ? Dans quelles conditions ? ...
Mais la vraie question est-elle de donner ? Non, je ne crois pas. Il me semble que c'est plutôt pourquoi ? Pourquoi nous bornons-nous à compter les morts et apporter de l'aide une fois que ce pays a plongé dans une précarité encore plus grande ? Pourquoi nos gouvernements n'ont ils rien fait alors que le gouvernement bangladais tenter d'évacuer les zones les plus sensibles? Pourquoi aucune main n'a été tendue avant pour évacuer ces pauvres malheureux ?
Bien sûr, la situation n'est pas simple. Bien sûr, on se trouvera toutes les excuses qu'on veut. Mais à l'instant présent, personne ne m'otera de l'idée qu'au lieu de nous informer, on nous désinforme. A peine quelques lignes sur cette coupure d'électricité qui pourtant a affecté même les quartiers les plus riches de Dhaka, etc etc... On est bien loin du tapage médiatique causé par le divorce de notre président ou même de celui dont avait profité le tsunami en Thaïlande. Pourquoi ?

Rester ? Oui sans doute. Cela est finalement très raisonnable et c'est sans doute dans de telles occasions que l'on connaît sa vocation. L'idée de tout plaquer et de partir aider m'a traversé l'esprit mais non, je ne le ferai pas parce que j'ai l'impression d'être plus à ma place ici. Pourtant... Comment faire évoluer les choses en profitant seulement de mon petit confort et en gardant au fond de moi cet espèce de malaise et d'écoeurement que cela m'inspire...? Je suis un peu perdue...

Là bas, quand même, les gens recommencent à vivre et cela me réconforte quelque peu. Kiranne me disait ce matin qu'elle admire la résilience des gens. Moi aussi. C'est cela que j'ai ramené avec moi (en partie), cela qui m'a le plus frappé et le plus touché dans ce pays. Cet article est un beau témoignage. Un de ceux qui font qu'un instant je ferme les yeux et me rappelle de tous ces sourires. Oui, vraiment, de tout mon coeur, j'espère que les gens vont s'en sortir, que ce pays s'en sortira. Parce que son peuple le mérite. Et, sans doute, je ne suis pas à ma place...

Certains m'ont dit qu'ils préfèrent me savoir ici que là-bas. Je les comprends. Pourtant, il ne faut pas oublier cela. D'autres me font part de leur sentiment parce que j'ai été là-bas. Cela, au fond, est encourageant. Cela signifierait-il que nos voyages et nos témoignages contribuent à éveiller l'opinion publique ? Espérons qu'un jour ces pays dits "civilisés" dans lesquels nous vivons arrêtent de fermer les yeux ou de les ouvrir trop tard, quand d'autres hommes n'ont même plus de quoi subvenir à un de leurs besoins vitaux: boire...